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Patrimoine du métier · L'argot des bouchers

Le louchébem,
la langue des bouchers

Depuis plus de 150 ans, les bouchers parlent entre eux une langue que les clients ne comprennent pas. Découvrez son histoire, apprenez sa règle — et traduisez vos propres phrases.

L'histoire

Une langue née
derrière l'étal

Le louchébem — qui signifie tout simplement « boucher » dans cette langue — est l'argot historique des bouchers de Paris et de Lyon, attesté dès le milieu du XIXe siècle.

À l'époque des grandes boucheries parisiennes et des abattoirs de La Villette, les garçons bouchers avaient besoin de se parler sans être compris des clients : évoquer un prix, la qualité d'une pièce, un client difficile ou la paie du jour. Ils ont alors codé le français selon une règle simple mais déroutante à l'oreille — et le louchébem est devenu à la fois un outil de travail et un signe d'appartenance au métier, transmis d'ouvrier à apprenti, de génération en génération.

Cette langue a si bien vécu que plusieurs de ses mots sont passés dans le français de tous les jours : loufoque (fou), en loucedé (en douce), ou encore larfeuille (portefeuille). On raconte même que sous l'Occupation, son caractère impénétrable a rendu service à ceux qui voulaient parler sans être écoutés. Aujourd'hui encore, dans certaines boucheries, quelques mots de louchébem circulent entre collègues — un clin d'œil au patrimoine vivant du métier.

Parler louchébem, c'est porter cent cinquante ans de comptoir, de tablier et de fierté du métier dans une seule phrase.

La règle du jeu

Comment ça marche

La recette tient en trois gestes, comme une découpe bien faite. Exemple avec le mot « boucher » :

1

On retire la première consonne

La ou les consonnes du début sont mises de côté.

boucher → oucher (+ b)
2

On met un « L » à la place

Toutes les phrases du louchébem commencent par L — c'est sa signature.

oucher → loucher
3

La consonne file à la fin + un suffixe

On recolle la consonne à la fin, suivie d'un suffixe d'argot : -em, -ji, -oc, -uche…

loucher + b + em = louchébem

Le traducteur louchébem

Écrivez une phrase en français, choisissez votre suffixe, et parlez comme au comptoir. Essayez avec un exemple :

Votre phrase en louchébem

Le louchébem est une tradition orale : chaque boucherie avait ses variantes et ses mots consacrés. Ce traducteur applique la règle classique — le résultat peut donc différer des formes historiques (« louchébem » s'écrit aussi « loucherbem » !). Tout se passe dans votre navigateur, rien n'est envoyé ni enregistré.

Les mots authentiques

Petit dictionnaire
du louchébem

Quelques mots consacrés, transmis de comptoir en comptoir — dont certains que vous employez peut-être sans le savoir :

Louchébem
Boucher

Le mot qui donne son nom à la langue. S'écrit aussi « loucherbem ».

Loufoque
Fou

Passé dans le français courant — avec son petit frère « louf ».

En loucedé
En douce

Discrètement, sans se faire remarquer. Toujours très vivant.

Larfeuille
Portefeuille

Un classique de l'argot français, hérité du louchébem.

Lerchem
Cher

« Pas lerche » : pas cher, pas beaucoup. Encore entendu aujourd'hui.

Ligogem
Gigot

La belle pièce du dimanche, version comptoir.

Lonjourbem
Bonjour

Le salut du matin entre collègues, avant d'ouvrir la boutique.

Latronpuche
Patron

Avec le suffixe -uche, très apprécié des anciens.

Lemmefé
Femme

Un exemple parfait de la règle : f… déplacé, l… devant, -é à la fin.

Questions fréquentes

Le louchébem, vos questions

Les bouchers parlent-ils encore louchébem aujourd'hui ?+
Moins qu'autrefois, mais oui : dans de nombreuses boucheries, quelques mots circulent encore entre collègues — un héritage transmis avec le métier. Et certains mots sont carrément passés dans le français de tous les jours.
Pourquoi tous les mots commencent-ils par « L » ?+
C'est la signature de la langue : la consonne du début est remplacée par un L, puis renvoyée à la fin du mot avec un suffixe. À l'oreille, le français devient méconnaissable — alors que la règle est toute simple.
À quoi servait-il vraiment ?+
À parler métier sans être compris : prix d'achat, qualité d'une pièce, négociation en cours… C'était aussi un signe de reconnaissance entre gens du métier, comme un mot de passe permanent.
Quels mots du louchébem utilise-t-on sans le savoir ?+
Loufoque (fou), en loucedé (en douce) et larfeuille (portefeuille) viennent tout droit du louchébem. La prochaine fois que vous les emploierez, vous parlerez boucher !

Le défi du boucher

Traduisez une phrase avec le simulateur et tentez-la au comptoir à Royan : si votre boucher vous répond en louchébem, vous saurez que la tradition est toujours vivante !